À retenir
- Une start-up indienne entraîne 15 chiens à détecter le cancer à partir de l' haleine humaine.
- La technique détecte sept types de cancers avec 90% de fiabilité selon une étude de 1500 patients.
- Les chiens analysent des masques de coton dans lesquels les patients ont respiré dix minutes.
- L' intelligence artificielle convertit l' activité cérébrale et le langage corporel des chiens en données de détection.
- Dognosis espère commercialiser cette technologie de dépistage préliminaire en 2027.
En Inde, une start-up entraîne des chiens à détecter le cancer à partir de l’haleine humaine. Équipés de capteurs et assistés par l’intelligence artificielle, ces 15 animaux ont montré une fiabilité de 90 % pour identifier sept types de cancers lors d’une étude menée auprès de 1 500 patients.
Près de Bangalore, dans le sud de l’Inde, Chloé passe ses journées entre deux mondes. Le matin, cette chienne croisée labrador de quatre ans gambade dans les herbes de sa ferme. L’après-midi, elle enfile un casque et un harnais bourrés de capteurs pour un travail de détection qui ne ressemble à aucun autre: renifler des masques de coton pour identifier le cancer chez l’humain.
Chloé fait partie d’un groupe de 15 chiens entraînés par Dognosis, une start-up fondée par Akash Kulgod, 26 ans (titulaire d’une licence en sciences cognitives de l’université de Berkeley) et Itamar Bitan, 28 ans (ancien instructeur dans une unité militaire canine israélienne d’élite). Le pari de ces deux cofondateurs: convertir les réactions naturelles des chiens face à des odeurs en données exploitables par l’intelligence artificielle pour détecter des maladies.
Une méthode basée sur la chimie du corps
Les travaux scientifiques établissent que certaines pathologies – cancers, Parkinson, Covid-19 – modifient les substances chimiques émises par le corps humain. Les chiens, dotés d’un odorat incomparablement supérieur au nôtre, détectent ces variations chimiques. Le processus de Dognosis enseigne aux animaux à reconnaître ces marqueurs: ils reniflent des masques de coton utilisés par des patients durant une dizaine de minutes, puis leur réaction cérébrale, respiratoire et corporelle est enregistrée et analysée par algorithme.
En une heure, un chien peut traiter des milliers d’échantillons – une cadence que nul test humain ne peut égaler. Lors des séances au laboratoire, les animaux reniflent sur des plateformes équipées de distributeurs automatiques de friandises. Bitan explique la méthode: les chiens apprennent à reconnaître une odeur spécifique en échange d’une récompense. Mais chacun réagit à sa manière. Certains se précipitent vers le distributeur, d’autres se figent, d’autres encore grattent l’échantillon avec agitation. Cette diversité de comportements n’est pas un problème: tant que l’algorithme reste cohérent dans son interprétation, la singularité de chaque chien importe peu.
Des résultats précoces mais à confirmer
Dognosis a publié ses travaux dans le Journal of Clinical Oncology. L’étude, réalisée auprès de 1 500 patients, montre une fiabilité de 90 % pour identifier sept catégories de cancers. Des cancérologues de Bangalore consultés par l’Agence France-Presse se montrent prudemment optimistes. Santhosh Kumar Devadas, chef du service d’oncologie à l’hôpital Ramaiah Memorial, qualifie l’étude de « prometteuse, comme outil de détection initiale ». Il ajoute que des essais sur un groupe de participants plus large s’imposent avant de tirer des conclusions définitives. Neelesh Reddy, oncologue aux hôpitaux Manipal, constate que seul le temps établira si cette technologie fonctionne auprès de vrais patients en situation clinique réelle.
Le test n’est pas encore autorisé à la commercialisation. Dognosis poursuit ses essais avec plusieurs institutions médicales publiques indiennes, bénéficiant du soutien d’Accel India, l’un des principaux fonds de capital-risque du pays. Kulgod et Bitan visent une commercialisation en 2027 et espèrent devenir la troisième entreprise mondiale sur ce créneau, après des sociétés allemande et israélienne.
Un quotidien équilibré pour les détecteurs canins
La plupart des chiens engagés dans ce projet sont des beagles, malinois ou croisements de chiens de berger, recueillis dans des refuges ou acquis auprès d’éleveurs. Kulgod insiste: ces animaux ne travaillent que 30 à 45 minutes par jour, le reste du temps étant consacré au repos et aux loisirs. Ce rythme évite l’épuisement et maintient la concentration durant les phases actives.
Le contexte sanitaire indien donne une acuité particulière à cette recherche. Le gouvernement estime qu’une personne sur neuf parmi le milliard et demi d’habitants risque de développer un cancer. Beaucoup ne reçoivent un diagnostic que tardivement, alors qu’une détection précoce accroît sensiblement les chances de guérison pour plusieurs types de tumeurs. Un outil de dépistage préalable fiable et peu coûteux constituerait donc une avancée majeure pour l’accès aux soins oncologiques en Inde.
Questions fréquentes
- Quel est le taux de fiabilité des chiens de Dognosis pour détecter les cancers?
- Selon une récente étude réalisée auprès de 1 500 patients et publiée dans le Journal of Clinical Oncology, la technique de Dognosis s’est révélée fiable à 90 % pour identifier sept types de cancers.
- Comment fonctionnent les chiens entraînés par Dognosis?
- Les chiens doivent sentir des masques de coton dans lesquels les patients ont respiré pendant une dizaine de minutes. En une heure, ils peuvent renifler des milliers d’échantillons. Les ingénieurs analysent, avec l’assistance de l’intelligence artificielle, l’activité cérébrale, la respiration et le langage corporel des chiens pour convertir leurs réactions en données à des fins de détection.
- Quand Dognosis espère-t-elle commercialiser sa technologie?
- M. Kulgod et son associé Itamar Bitan espèrent une commercialisation en 2027, ce qui rendrait Dognosis la troisième société au monde sur ce créneau, après des entreprises d’Allemagne et Israël.
- Pourquoi la détection précoce du cancer est-elle importante en Inde?
- Le cancer est un enjeu majeur de santé publique en Inde, où le gouvernement estime qu’une personne sur neuf parmi son milliard et demi d’habitants risque de développer cette maladie. De nombreux malades ne sont diagnostiqués qu’à un stade avancé, alors qu’une détection précoce accroît les chances de guérison de certains cancers.

