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Naissance d’un cachalot filmée par drone à la Dominique: 11 adultes mobilisés pour sauver le nouveau-né

8 juillet 2023, au large de la Dominique, dans les eaux chaudes des Caraïbes. Un drone survole un groupe de cachalots. Et il tombe sur un truc que tu vois rarement, même quand tu passes ta vie en mer: une mise bas, minute par minute, avec le “service après-vente” social qui va avec. Pendant des heures, la mère n’est pas seule. Ils sont 11 autour d’elle – huit adultes et trois jeunes – à se coller, se placer, tourner, comme une garde rapprochée.

La scène a été documentée par des chercheurs qui utilisent des drones et des outils d’analyse vidéo pour suivre les animaux à la surface. L’intérêt n’est pas juste l’image spectaculaire. C’est ce que ça raconte sur la vie sociale des cachalots, surtout dans un moment où tout peut mal tourner: la naissance, puis les premières respirations du petit.

Le détail qui fait tiquer les scientifiques, c’est la composition du groupe. Les adultes présents ne viennent pas tous du même “clan” maternel. Deux matrilignées distinctes, qui d’habitude ne chassent pas ensemble, se retrouvent là, au même endroit, au même moment. Et elles coopèrent. Pas juste une coïncidence de passage, vu la durée et la façon dont les individus se relaient.

Ce qui se joue dans les trois heures qui suivent, c’est presque une opération de sauvetage. Chez le cachalot, le nouveau-né a une flottabilité défavorable au début: il “coule” plus qu’il ne flotte. Résultat, il ne peut pas remonter seul respirer. Il faut donc des adultes pour le porter littéralement vers la surface, sur le dos, en le guidant et en le stabilisant, le temps que son corps et sa nage deviennent efficaces. Et c’est exactement ce qu’on voit.

Le 8 juillet 2023, 11 cachalots se regroupent près de la Dominique

La Dominique, c’est un spot connu des équipes qui suivent les cachalots dans l’est des Caraïbes. Des animaux identifiables, déjà observés, photographiés, catalogués. Le 8 juillet 2023, le drone capte un rassemblement inhabituel: une femelle en travail et, autour, un petit comité qui grossit et se stabilise. Au total, 11 individus: huit adultes et trois jeunes (des veaux plus âgés).

Pour te donner une idée, en mer, observer une naissance de cétacé reste un coup de chance énorme. Déjà parce que ça se passe vite, ensuite parce que ça peut arriver loin de la surface, et surtout parce que les groupes bougent. Là, le drone permet de rester au-dessus sans perturber, en gardant une vue d’ensemble. Tu ne vois pas tout, mais tu vois la chorégraphie: les placements, les rapprochements, les rotations autour de la mère.

Le comportement des adultes fait penser à une forme de “bulle” de protection. Des corps massifs qui se mettent entre la femelle et l’extérieur, qui gardent un contact proche. On ne parle pas de tendresse façon dessin animé, on parle d’un moment où une mère peut être affaiblie, où un nouveau-né peut se noyer, où un prédateur opportuniste peut profiter. Dans ce contexte, être plusieurs, c’est réduire le risque.

Ce qui frappe, c’est aussi la présence de jeunes dans le groupe. Trois veaux plus âgés, qui ne servent pas à “porter” le nouveau-né comme un adulte peut le faire, mais qui sont là, au contact, à proximité. Les chercheurs y voient un indice d’apprentissage social: tu assistes, tu observes, tu intègres des gestes et des positions que tu devras peut-être reproduire plus tard. Chez des animaux à longue vie, cette transmission compte.

Le drone ne remplace pas une plongée, mais il donne une lecture globale: qui est là, qui se rapproche, qui reste, qui part. Et sur cette séquence, la stabilité du groupe autour de la naissance est un signal fort. Ce n’est pas juste “on passait par là”. C’est un regroupement, avec un objectif, et une temporalité qui colle à l’événement.

Deux matrilignées qui ne chassent pas ensemble se relaient

Le point qui a le plus surpris les chercheurs, c’est la provenance sociale des individus. Les cachalots vivent dans des unités familiales, structurées autour des femelles. Les matrilignées – des lignées maternelles – forment des groupes relativement cohérents, avec des habitudes, des zones, des routines. Or là, les individus présents viennent de deux matrilignées distinctes, qui “normalement” ne sont pas vues en train de se nourrir ensemble.

Dans la vidéo, ces deux groupes ne font pas que coexister. Ils se mélangent. Ils alternent. Ils participent. En clair: des femelles qui ne sont pas des parentes directes de la mère prennent aussi part au soutien du nouveau-né. Pour les scientifiques, c’est un indice de coopération au-delà du noyau familial, dans un moment critique. Ça ne veut pas dire que c’est systématique partout, mais là, sur ce cas précis, c’est documenté.

Joseph DelPreto, membre de l’équipe machine learning de Project CETI, explique que l’analyse automatisée des vidéos aériennes a permis de quantifier les interactions: positions relatives, changements de proximité, relais autour du petit. Le résultat, c’est ce mélange régulier des deux matrilignées et une forme de prise de tour. Sur le papier, c’est exactement le genre de chose difficile à prouver sans données fines, parce que sur un bateau, tu as rarement la vue d’ensemble.

Pourquoi deux matrilignées s’associent à ce moment-là? Plusieurs hypothèses circulent chez les spécialistes: bénéfice mutuel (aujourd’hui je t’aide, demain tu m’aides), intérêt collectif à augmenter la survie des jeunes dans une zone donnée, ou simple opportunisme social quand un événement attire l’attention. Le truc c’est que la coopération a un coût: tu ralentis ta recherche de nourriture, tu mobilises de l’énergie, tu prends des risques en restant groupé.

Et c’est là que l’observation devient précieuse. Pendant environ trois heures après la naissance, le soutien continue, puis le groupe “extérieur” s’éloigne et reprend une activité normale de recherche de nourriture. Ça colle à une logique: intervenir quand le risque est maximal, puis repartir quand la mère et le petit peuvent gérer avec le groupe habituel.

Les trois premières heures: porter le petit à la surface pour respirer

Le passage le plus concret, le plus parlant, c’est l’aide à la respiration. Un nouveau-né cachalot, dans les premières heures, a une flottabilité négative: il a tendance à descendre. Or respirer, c’est à la surface, point. S’il n’arrive pas à remonter, il se noie. Tu peux être le plus gros mammifère denté de la planète, à la naissance tu restes vulnérable.

Dans les images décrites par les chercheurs, des adultes se placent sous le petit, le positionnent sur leur dos, puis nagent vers la surface. C’est un geste simple à raconter, mais complexe à exécuter avec des animaux de plusieurs tonnes, dans une mer qui bouge, avec un nouveau-né qui n’a pas encore les réflexes. Il faut maintenir, guider, et recommencer. Ce n’est pas une seule montée héroïque, c’est une série de remontées, le temps que le petit “prenne”.

La séquence montre aussi une alternance de rôles. La mère est évidemment centrale, mais elle n’est pas la seule à intervenir. Des femelles proches prennent le relais, ce qui permet à la mère de récupérer, de se repositionner, de rester au contact sans faire tout le boulot physique. Sur trois heures, ça compte. La fatigue post-mise bas, c’est réel, même chez un cachalot.

Les chercheurs ont identifié plusieurs soignantes principales dans cette fenêtre critique: la mère, sa demi-sur, une jeune femelle non apparentée, et une femelle plus âgée sans lien de parenté direct. Là, on touche à un sujet qui intéresse beaucoup les biologistes: l’alloparentalité, le fait que des individus aident à élever un petit qui n’est pas le leur. Chez certains mammifères sociaux, c’est un levier majeur de survie des jeunes.

Le mélange “anciennes + jeunes” a aussi une valeur d’école. Une femelle expérimentée peut savoir comment caler le petit, comment gérer la montée, comment éviter de le perdre dans le mouvement. Une plus jeune observe, participe, apprend. Et le jour où c’est elle qui met bas, elle a déjà vu, déjà fait. Résultat: une compétence collective qui se transmet, pas juste un instinct individuel.

Ce que Project CETI mesure avec ses drones et son machine learning

Derrière la vidéo, il y a une méthode. Project CETI travaille sur l’étude des cachalots avec des outils modernes: drones, acoustique, analyse automatisée. L’idée, c’est de passer d’un récit d’observation (“on a vu des cachalots aider un petit”) à des mesures: qui s’approche de qui, combien de temps, à quelle fréquence, dans quel ordre. Du coup, tu peux comparer les événements, repérer des constantes, sortir du simple témoignage.

Le machine learning, dans ce contexte, sert surtout à suivre les individus sur des séquences longues, à limiter l’erreur humaine, et à produire des stats sur les interactions. Sur mer, à l’il nu, tu perds vite le fil: un dos disparaît, un autre réapparaît, tu confonds. Sur une vue aérienne stabilisée, tu peux tracer des trajectoires, mesurer des distances, voir les relais autour du nouveau-né.

Alaa Maalouf, côté robotique et machine learning, insiste sur le fait que la naissance est un moment de vulnérabilité extrême, donc un moment où la structure sociale devient visible. C’est logique: quand tout va bien, chacun fait sa vie, chasse, remonte, plonge. Quand ça va mal – ou quand ça peut mal tourner – tu vois qui reste, qui aide, qui prend un risque pour un autre. Et là, le fait que des non-parents participent est un signal fort.

Le revers de la médaille, c’est qu’une séquence, même spectaculaire, ne fait pas une règle générale. Les chercheurs le savent: il faut d’autres observations, d’autres naissances documentées, dans d’autres groupes, d’autres régions, pour dire si ce type d’entraide entre matrilignées est fréquent ou plutôt exceptionnel. Mais cette vidéo a un avantage énorme: elle donne des données fines sur un événement rare, au lieu de se contenter d’une anecdote.

Et puis il y a le contexte technologique. Les drones rendent visible ce qui échappait aux bateaux, mais ils posent aussi des questions: distance de vol, durée, météo, risques de perturbation si mal utilisés. Dans ce cas, le bénéfice scientifique est évident. La suite, c’est de voir si ces outils permettent de construire une base de cas comparables, et de mieux comprendre comment une espèce aussi sociale que le cachalot organise l’entraide quand un nouveau-né joue sa survie sur une respiration.

Questions fréquentes

Pourquoi les autres cachalots aident-ils le nouveau-né à remonter ?
Dans les premières heures, le nouveau-né a tendance à couler (flottabilité défavorable) et peut avoir du mal à atteindre la surface pour respirer. Des adultes le stabilisent et le portent sur leur dos jusqu’à la surface, le temps qu’il puisse nager et se maintenir plus efficacement.
Qu’est-ce qui surprend les chercheurs dans cette naissance filmée près de la Dominique ?
Le groupe de soutien réunit des individus de deux matrilignées différentes, qui ne sont généralement pas observées en train de se nourrir ensemble. Malgré l’absence de lien de parenté direct pour certains, plusieurs femelles se relaient pour aider le nouveau-né pendant environ trois heures.
À quoi sert le machine learning dans l’analyse de ces vidéos de drones ?
Il permet de suivre les trajectoires des cachalots, de mesurer leurs distances et la durée des interactions, et de quantifier les relais autour du nouveau-né. Résultat : les chercheurs peuvent décrire la coopération de façon chiffrée, pas seulement avec un récit.

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