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Un bonobo a joué au “thé imaginaire”: l’étude qui bouscule l’idée d’une imagination réservée à l’humain

Un bonobo capable de “boire” du jus qui n’existe pas, sans se tromper sur le fait qu’il n’existe pas. C’est le genre de détail qui te fait lever un sourcil, parce que ça touche à un truc qu’on garde souvent pour nous: l’imagination, le jeu symbolique, le “faire semblant”.

Des chercheurs de la Johns Hopkins University se sont penchés sur la question avec Kanzi, un bonobo bien connu des labos pour ses capacités cognitives. Leur étude, publiée dans Science, teste une idée simple: est-ce qu’un grand singe peut manipuler mentalement un événement fictif et y répondre de façon cohérente, même à un niveau basique?

Le protocole a un côté presque enfantin. Et c’est justement le but. Les psychologues utilisent depuis longtemps un classique pour repérer la naissance du “faire semblant” chez les enfants: la dînette, le goûter, la petite “tea party”. Les chercheurs ont repris ce cadre, en l’adaptant à un bonobo adulte.

Kanzi est mort en 2025, à 44 ans. Ce détail compte, parce que l’étude s’inscrit aussi dans une histoire longue: celle des grands singes élevés au contact étroit des humains, et des questions – parfois polémiques – sur ce que cette “acculturation” change dans leurs compétences.

Pourquoi Johns Hopkins a choisi la “tea party”

Le choix de la “tea party” n’est pas un gadget pour faire joli dans un papier scientifique. C’est un outil, déjà rodé chez l’humain. Quand les psychologues ont commencé à disséquer le jeu symbolique chez l’enfant, ils cherchaient des scènes simples, répétables, et surtout universelles: verser, offrir, boire, faire goûter. Des actions du quotidien, faciles à reconnaître, mais qui peuvent basculer dans le fictif sans changer de gestes.

La chercheuse Amalia P. M. Bastos, autrice de l’étude, explique que ce scénario avait aussi un avantage pratique: Kanzi avait déjà vu et manipulé des objets “compatibles” avec l’idée de boisson. Pas besoin de lui apprendre un monde entier. Il avait observé des contenants, des récipients, des objets qui ressemblent à des tasses ou à des pichets. Résultat: les méthodes conçues pour des enfants pouvaient être reprises avec des ajustements mineurs.

Il y a un point important derrière ce choix: le “faire semblant” n’est pas juste une imitation. Un enfant qui sert du thé imaginaire ne confond pas sa tasse vide avec une tasse pleine. Il sait que c’est vide, mais il joue la scène. Ce que les chercheurs veulent repérer chez Kanzi, c’est exactement cette bascule: exécuter une action qui n’a pas de conséquence physique réelle, tout en restant cohérent avec le scénario.

Et puis, soyons honnêtes, la “tea party” a un autre intérêt: c’est visuel, intuitif, et ça évite les débats sans fin sur des tâches trop abstraites. Verser un liquide imaginaire, c’est clair. Tu peux coder les gestes, vérifier la séquence, comparer les essais. C’est du comportement observable, pas une interprétation psychanalytique au doigt mouillé.

Le truc c’est que ce cadre, si simple en apparence, pose une question lourde: si un bonobo peut entrer dans un scénario fictif sans se perdre, on n’est plus dans l’animal qui réagit seulement à ce qu’il voit. On commence à toucher à une forme de représentation mentale, même rudimentaire.

Jus imaginaire, raisins invisibles: ce que Kanzi a vraiment fait

Dans les expériences décrites, les chercheurs testent l’interaction avec des objets inexistants, mais “traités” comme s’ils étaient là. Un exemple: du “jus imaginaire”. L’expérimentateur mime le fait de verser, puis observe si Kanzi suit le scénario: tendre un récipient, attendre, porter à la bouche, mimer l’action de boire, ou au moins interagir d’une manière compatible avec l’idée qu’il y a quelque chose à consommer.

Ils font aussi des essais avec des “raisins imaginaires”. Même logique: l’objet n’est pas présent, mais l’action est jouée comme si. Ce qui compte, ce n’est pas que Kanzi invente un monde entier. Ce qui compte, c’est qu’il accepte temporairement les règles du jeu, et qu’il agisse en conséquence.

Le résultat central, rapporté par l’équipe, c’est que Kanzi distinguait le réel de l’imaginé. Autrement dit, il ne se comportait pas comme s’il était trompé. Il ne “croyait” pas vraiment que le jus existait. Mais il interagissait avec la situation fictive. Il y a une nuance, et elle est énorme: suivre un scénario imaginaire n’implique pas la confusion. Chez l’humain, le “faire semblant” repose justement sur cette lucidité.

Ce point est souvent mal compris quand on parle d’animaux “intelligents”. On imagine vite un singe qui hallucine un raisin. Là, non. L’idée, c’est plutôt: “je sais qu’il n’y a rien, mais je joue quand même”. Et si tu veux être encore plus précis: “je comprends que toi, humain en face, tu es en train de jouer à ça, et je peux entrer dans ton jeu”.

Évidemment, ça ne veut pas dire que Kanzi avait la créativité narrative d’un enfant de 5 ans qui invente des dragons. Les auteurs restent prudents sur le niveau. Ils parlent d’une interaction basique avec des événements fictifs. Mais basique ne veut pas dire insignifiant. Dans ce domaine, le moindre pas est déjà une fracture dans la frontière qu’on trace d’habitude entre nous et “le reste”.

Ce que l’étude suggère sur nos ancêtres d’il y a 6 à 9 millions d’années

Les auteurs avancent une hypothèse qui fait forcément réagir: si un bonobo peut, au moins un peu, interagir avec du fictif, alors l’origine évolutive de cette capacité pourrait remonter à l’ancêtre commun entre humains et bonobos. On parle d’une fenêtre estimée entre 6 et 9 millions d’années. Ce n’est pas une date gravée dans le marbre, c’est un ordre de grandeur utilisé en paléoanthropologie pour situer la divergence des lignées.

Pourquoi c’est important? Parce que le “faire semblant” n’est pas juste un jeu. Chez l’humain, c’est un moteur. C’est lié à l’apprentissage social, à la transmission culturelle, au langage, à la capacité à simuler des scénarios (“si je fais ça, il se passera ça”), même à la morale et au droit. Tu imagines une règle, tu imagines une transgression, tu imagines une sanction. Sans simulation mentale, tout devient plus pauvre.

Si une forme de simulation existe déjà chez un bonobo, ça suggère que la racine est ancienne. Résultat: l’humain n’aurait pas “inventé” l’imagination à partir de rien. Il l’aurait amplifiée, raffinée, rendue plus flexible, plus combinatoire. Un peu comme la main: on la partage avec d’autres primates, mais on en a fait une machine à écrire, à sculpter et à opérer des curs.

Mais attention au piège: une expérience avec un individu ne réécrit pas toute l’histoire de l’évolution. Ce que l’étude met sur la table, c’est une possibilité cohérente, pas une certitude. L’intérêt journalistique du papier, c’est justement ce déplacement: au lieu de dire “les animaux n’imaginent pas”, on se retrouve à discuter du degré, des conditions, et de ce qui est partagé.

Et puis il y a un autre angle, plus discret: si tu admets que le “faire semblant” a des racines profondes, tu dois aussi te demander à quoi il servait. Chez un ancêtre primate, ça peut être du jeu social, de l’entraînement à des interactions, une manière de consolider des liens, ou même un outil cognitif pour explorer des situations sans danger. Rien de mystique. Juste de l’adaptation.

Le revers de la médaille: Kanzi était un bonobo “acculturé”

Le point qui fâche, et que l’étude ne peut pas esquiver: Kanzi n’était pas un bonobo “standard” au sens où il a vécu dans un environnement très humain. Bastos le décrit comme un singe “très enculturé”, qui a passé sa vie à observer nos objets, nos routines, nos gestes. Du coup, la question devient inévitable: est-ce que l’expérience mesure une capacité naturelle de l’espèce, ou une compétence construite par l’exposition prolongée à la culture humaine?

Ce débat existe depuis des décennies autour des grands singes étudiés en laboratoire. Certains chercheurs défendent l’idée que l’enculturation révèle des compétences latentes: tu ne crées pas l’intelligence, tu lui donnes juste un terrain de jeu. D’autres rétorquent que tu modifies tellement le contexte que tu ne sais plus ce que tu mesures. Dans le cas du “faire semblant”, le contexte compte énormément, parce que le jeu symbolique est aussi un phénomène social: on joue avec quelqu’un, en suivant des règles implicites.

Autre limite: l’étude parle surtout d’interaction avec un scénario joué par l’expérimentateur. Bastos le dit clairement: ils auraient aimé tester des situations où Kanzi initie lui-même des actes de prétence, plutôt que de répondre à une mise en scène humaine. Mais Kanzi est mort en 2025, et cette suite n’est plus possible avec lui.

Les chercheurs évoquent donc une piste: adapter les méthodes pour des singes moins enculturés, et utiliser des outils comme l’eye-tracking. L’idée, c’est de capter où l’animal regarde, comment il anticipe une action fictive, s’il suit une “logique d’objet” même quand l’objet n’est pas là. C’est plus discret, moins intrusif, et ça peut s’appliquer à des individus qui n’ont pas grandi dans un environnement saturé de signaux humains.

Perso, je trouve que c’est là que l’histoire devient vraiment intéressante. Parce que si tu arrives à montrer un début de “faire semblant” chez des bonobos ou d’autres grands singes moins imprégnés par nos habitudes, tu renforces l’idée que l’imagination n’est pas une exclusivité tombée du ciel. Et si tu ne le montres pas, tu apprends autre chose: peut-être que le “faire semblant” a besoin d’un bain culturel pour émerger pleinement.

Questions fréquentes

Est-ce que l’étude prouve que les bonobos “imaginent” comme les humains ?
Non. Elle suggère qu’un bonobo peut distinguer le réel de l’imaginé tout en interagissant avec un scénario fictif à un niveau basique. L’étude ne dit pas que les bonobos ont la même imagination narrative que les humains, mais elle remet en cause l’idée que le “faire semblant” serait totalement absent chez eux.

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